Cher Alceste, illustration

Errance ordinaire #1 -Cher Alceste

Je venais d’arriver au bord de la lône, le visage chauffé par le soleil, les semelles qui bruissaient sur le sol imbibé, mais surtout au calme. Un couple se tripotait entre deux voitures en scrutant les alentours. Un couple probablement illégitime, puisque ma présence ne les dérangeait pas le moins du monde malgré leur apparente méfiance. Ils ne me dérangeaient pas non plus, après tout la distance me préservait des crépitements de salive. Je me suis assis sur le premier banc pour m’épargner de patauger dans la boue. Pas besoin d’aller plus loin, à part les deux tourtereaux derrière, un groupe de canards qui voguait vers nul part et moi au milieu, personne n’allait venir flâner dans ce marais éphémère.

Je commençais à triturer mon téléphone pour trouver quelqu’un avec qui tuer le temps. Et puis picoler. Le seul moyen d’avoir des choses à se dire plus d’une heure avec la plupart des gens sans avoir envie de retourner à sa solitude au pas de course. Rien à faire… J’arrivais pas à me décider. Appeler celle qui allait partir au moment où le rhum frapperait le plus fort ? Celui qui ne boit pas et a toujours un mot désagréable sur tout le monde, rapport à « l’histoire » comme il dit ? Ou l’autre alcoolo qui ne m’aura pas attendu pour se jeter une pinte de whisky, mais toujours prêt à recevoir un compagnon de route ? Je commençais à me dire que je ferais mieux rentrer, me faire un thé et essayer d’écrire. Même une ligne ou deux. Ça vaudrait mieux que de traîner simplement pour ne pas rentrer. Je suis retourné à ma voiture et j’ai roulé un peu au soleil, pensant que ça me rafraîchirait les idées, la musique dans les oreilles.

J’avais pas roulé bien loin, jusqu’au centre commercial le plus proche, quand j’ai dû m’arrêter pour récupérer un peu d’essence. Mon manteau virevoltait et la pluie me fouettait le visage, mais pendant le peu de temps qu’il m’a fallut pour remettre trois fois rien de carburant, elle m’est tombée dessus.

« Monsieur, excusez-moi ! Où c’est l’entrée du magasin ? »

Y a une immense boîte en taule à trente mètres, tu marches 20 secondes et tu vas la voir, bordel ! Hurlai-je dans ma tête. Comme si elle méritait d’encaisser mon humeur de misanthrope imbuvable…

« Là, je lui ai dit. Vous longez et vous y êtes, le mieux à pieds c’est par ce côté. »

Je lui indiquais le chemin du doigt. Il y avait une petite route qui allait tout droit jusqu’à l’immense structure de taule et un parking réservé aux employés, très visiblement clôturé. Elle a prit la direction du parking. Bah ! J’allais pas lui courir après sous la pluie glacée et puis la petite vieille derrière moi se tenait prête à klaxonner, au volant de son 4×4. Arrivée face à la clôture, elle allait probablement me maudire, pensant que je m’étais moqué d’elle, sans savoir que j’avais réellement essayé de l’aider. Moi, je voulais juste me balader sans parler à personne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *