Cher Alceste, illustration

Sous mon lit

Il y a un monstre sous mon lit. En tout cas il s’y glisse très souvent tandis que s’impose l’obscurité. Jusqu’il y a peu, j’étais persuadé que tout était dans ma tête, mais j’ai fini par comprendre que tout ça ne pouvait pas être naturel. Des mois durant j’ai pensé que tout était dans ma tête, que ce n’étaient que des cauchemars dus au stress ou je ne sais quelle affection psychologique, mais la semaine dernière, je l’ai vu.

La nuit dernière, comme rien ne s’était passé depuis deux nuits, j’étais persuadée que la chose viendrait, alors j’ai avalé deux analgésiques opioïdes pour me détendre. La première fois, quand je pensais que tout était dans ma tête, j’ai pensé que ça me permettrait de dormir tranquille, mais même si cela n’a pas empêché la « visite », ça l’a rendue plus supportable. Depuis, je vais me coucher sous opiacées tous les deux ou trois jours pour endiguer la peur de dormir et le fait d’être détendue m’a permis d’analyser la chose au fil des visites.

Au départ, je n’étais pas capable d’identifier ce qu’il se passait. Je me réveillais dans la nuit en sueur avec la sensation d’avoir fait un cauchemar sans en avoir le moindre souvenir et, malgré un malaise extrêmement profond, je me rendormais presque immédiatement, comme aspirée à nouveau dans ce cauchemar. Et ça, plusieurs fois par nuit jusqu’à ce que l’exécrable sonnerie de mon réveil me sorte du lit, épuisée. Mais lorsque j’ai commencé à prendre des opioïdes, les visites se sont passées différemment. Je me suis d’abord mise à me souvenir de mes rêves qui, bien souvent, se sont avérés ne pas être des cauchemars. En revanche, des rêves qui avaient tout pour être agréables, me laissaient, quoi qu’il arrive, une sensation de malaise lourde et profondes. Comme si quelque chose inversait ma perception des choses ou absorbait mes sentiments positifs pour ne me laisser qu’un mal-être me semblant étranger. Un mal-être qui donne l’impression d’être né chez quelqu’un d’autre et que l’on m’aurait implanté. Cependant, malgré les médicaments qui me permettent de mieux supporter ces épisodes et le stress qui peut en découler, je me réveille toujours aussi fatiguée qu’au moment où je me suis couchée. Mais de nuits en nuit, je vivais ces épisodes avec une lucidité grandissante jusqu’il y a six nuits de ça, où j’ai vu la chose !

Je suppose que c’est l’arrêt du film devant lequel je m’étais endormis qui m’a réveillée et, à l’instant où j’ai ouvert les yeux, j’ai aperçu des ombres aux allures d’épais filaments de part et d’autre de mon matelas. J’ai d’abord pensé que la lumière de l’écran projetait l’ombre de quelque textile que j’aurais laissé traîner. Les yeux écarquillés et un peu paniquée par ce réveil, j’agitais la tête à la recherche de l’origine de cette ombre, mais je réalisai vite que rein ne pouvais projeter une telle ombre. Quand mon regard se posa à nouveau sur l’ombre, je remarquai qu’elle bougeait, elle était désormais sur mes bras et commençait à s’enrouler sur ma poitrine. À cet instant, je ressenti la même sensation que lorsque je me sentais happée à nouveau dans mes cauchemars, lors de mes réveils nocturnes. Ensuite, le schéma habituel…

Depuis, je dors chez une amie et la chose ne semble pas m’avoir suivi. La peur de m’endormir commence à s’atténuer, je me sens mieux ici et mes sommeil est à nouveau réparateur, mais j’ai affreusement peur à l’idée de rentrer, je ne peux pas faire face à ça, seule.

J’ai besoin d’aide.

Camille

Une réflexion sur « Sous mon lit »

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